Snap .fr : comment fonctionne la capture d'un nom de domaine en milliseconde
Vous avez sans doute déjà entendu parler de "snap" ou de "drop-catching" pour les noms de domaine .fr. Le principe paraît simple : un domaine expire, il est libéré, et le premier qui tente l'enregistrement gagne. Mais derrière cette idée se cache un univers technique fascinant où tout se joue à quelques millisecondes près, avec des serveurs spécialisés, des protocoles dédiés, et des stratégies algorithmiques affûtées par des années d'expérience. Voici exactement comment un snap se déroule, du moment où votre domaine cible entre en redemption period jusqu'à la capture effective au moment du drop.
Le moment précis où un domaine .fr devient disponible
Tout commence avec le cycle de vie standard d'un .fr. Un nom de domaine non renouvelé entre d'abord en redemption period pour environ 30 jours (le titulaire d'origine peut encore le récupérer). Durant toute cette période, le domaine affiche simultanément les statuts « redemption period » et « pending delete » : contrairement à une idée répandue, il n'y a pas de phase « pending delete » supplémentaire de 5 jours après la redemption. Enfin, à l'issue de ces 30 jours, le domaine est supprimé (le drop) puis libéré dans le pool public et redevient enregistrable. C'est précisément cet instant de drop, et non l'entrée en pending delete, que vise le snap.
Cette libération ne se fait pas à un instant unique pour tous les domaines. L'AFNIC effectue un batch quotidien dans lequel chaque domaine libérable est traité individuellement. L'heure exacte de libération de chaque nom de domaine dépend de paramètres techniques internes à l'AFNIC, mais plusieurs observations empiriques (dont une vidéo bien connue de DomExpire publiée en 2024) suggèrent qu'il existe un ordre prédictif basé notamment sur la date de première création du domaine.
Le protocole EPP : la voie d'accès officielle
Pour enregistrer un nom de domaine .fr, il n'y a qu'une seule voie : passer par le protocole EPP (Extensible Provisioning Protocol) de l'AFNIC, accessible uniquement aux bureaux d'enregistrement accrédités. EPP est un protocole standardisé par l'IETF (RFC 5730 et suivants) qui permet d'envoyer des commandes XML chiffrées vers le serveur de registre AFNIC sur le port 700.
Pour un snap, la commande critique est domain:create. Elle indique au registre AFNIC : "j'enregistre ce nom de domaine au nom de tel titulaire avec telle configuration". Si le domaine est disponible au moment de la réception de la commande par le serveur AFNIC, l'enregistrement est validé. Si un autre bureau d'enregistrement a envoyé une commande similaire quelques millisecondes plus tôt, c'est lui qui gagne.
FR Rush : le service AFNIC dédié au snap
L'AFNIC a observé l'émergence d'une activité commerciale dédiée au drop-catching dès le milieu des années 2010. Plutôt que de la combattre, l'AFNIC a légalisé et encadré cette pratique en lançant en 2016 un service spécifique : FR Rush. C'est un serveur EPP dédié, optimisé pour les opérations de capture rapide.
Les caractéristiques principales de FR Rush :
- Tarif : 150 euros HT par mois et par connexion EPP active (source : catalogue produits AFNIC 2024).
- Plafond : 60 connexions maximum par bureau d'enregistrement. Au-delà, il faut multiplier les BE.
- Opérations autorisées : uniquement
domain:checketdomain:create. Les opérations administratives (update, transfer, delete) restent réservées au serveur EPP standard. - Rate limiting : 0,1 seconde entre deux opérations sur une même connexion (soit 10 opérations par seconde maximum par connexion).
- Pas de système de jetons : contrairement à l'EPP standard, FR Rush n'impose pas de seau de 50 jetons par 24h. Les créations échouées (domaine déjà pris) ne pénalisent pas le compte.
FR Rush est devenu la norme pour qui veut tenter sérieusement de capturer des domaines de valeur. L'AFNIC a publié dans son rapport annuel 2024 une croissance de +71 % du service FR Rush sur l'année 2023, ce qui confirme l'engouement du marché.
La latence : le vrai différenciateur technique
Quand deux bureaux d'enregistrement tentent un snap au même moment sur le même nom de domaine, c'est celui dont la commande arrive en premier au serveur AFNIC qui gagne. La latence réseau devient donc la variable critique.
L'AFNIC héberge ses serveurs dans la région parisienne (siège social à Saint-Quentin-en-Yvelines). Un bureau d'enregistrement situé dans un datacenter parisien avec peering France-IX direct peut atteindre une latence inférieure à 2 millisecondes vers le serveur EPP AFNIC. Un bureau situé dans un autre pays européen, même connecté en fibre directe, accusera 10 à 30 ms supplémentaires. Cette différence, invisible pour un humain, fait toute la différence dans une course au snap.
Les acteurs les plus sérieux du marché optimisent jusqu'à :
- L'hébergement physique du serveur de snap (datacenter Paris, peering direct AFNIC)
- La pré-compilation du XML de la requête EPP (générée en mémoire, prête à être envoyée en une seule opération réseau)
- Le maintien de connexions EPP "chaudes" (déjà authentifiées, prêtes à envoyer immédiatement)
- La synchronisation horloge sub-milliseconde via NTP stratum 1 ou PTP
- Le pinning sur un cœur CPU dédié pour éviter toute interruption au moment critique
Le rôle de la "drop list" : savoir quoi snaper
Avant de savoir comment snaper, il faut savoir quoi snaper. La "drop list" est la liste des noms de domaine qui vont être libérés dans les prochaines heures ou jours. Plusieurs sources existent pour la constituer :
- L'open data AFNIC : l'AFNIC publie chaque mois un fichier CSV public qui liste tous les .fr enregistrés avec leur date de création et leur date de retrait éventuelle. En croisant cette donnée avec des observations RDAP quotidiennes, on peut anticiper la droplist à environ 35 jours.
- Le scraping WHOIS quotidien : observer chaque jour quels domaines passent en redemption period. Légalement gris mais pratiqué par certains acteurs.
- Services tiers payants : DomainTools, ExpiredDomains.net et autres agrégateurs proposent des droplists prêtes à l'emploi (50 à 200 euros par mois selon le service).
L'avantage d'une bonne droplist : non seulement on sait quoi snaper, mais on peut filtrer en amont les domaines à valeur (backlinks, TF/CF, ancienneté) pour concentrer les ressources de snap sur les vraies cibles.
La phase critique : T-0 et le burst de créations
À l'approche de l'heure de libération d'un domaine cible, le serveur de snap entre en phase critique. Le scénario type :
- T-5 minutes : sanity check sur toutes les connexions EPP actives, ré-authentification si nécessaire
- T-60 secondes : pré-compilation du XML de la requête CREATE (le nom de domaine, les contacts, les nameservers, l'authinfo généré aléatoirement)
- T-10 secondes : pin du process sur un cœur CPU dédié, désactivation des optimisations CPU qui pourraient introduire de la jitter
- T-1 seconde : sleep haute précision via
clock_nanosleep - T-0 : envoi simultané de la commande CREATE sur toutes les connexions FR Rush actives (potentiellement 10 à 60 connexions parallèles)
- T+2 millisecondes : re-envoi de la commande sur chaque connexion (en cas de paquet perdu)
- T+50 millisecondes : lecture des réponses AFNIC, identification de la connexion qui a remporté la création
Sur les domaines très contestés (mots-clés génériques, marques de valeur), plusieurs acteurs déclenchent leur burst dans la même fenêtre temporelle. La capture se joue alors à la milliseconde : voire à la microseconde sur les acteurs les mieux optimisés.
L'algorithme du "lièvre" : une stratégie connue
Sur les domaines libérés en série (par exemple lors d'un batch quotidien AFNIC), il existe une stratégie historique connue sous le nom de "lièvre". L'idée : plutôt que de tirer à un instant prédit qui peut varier de quelques millisecondes selon la charge AFNIC, on observe en temps réel la libération d'un domaine "lièvre" (un domaine moins intéressant qui est libéré juste avant notre cible). Dès que le lièvre devient disponible, on sait que notre cible va l'être quasi immédiatement, et on déclenche notre burst de création avec une précision décuplée.
Cette stratégie suppose de connaître l'ordre exact de libération des domaines par l'AFNIC. Cet ordre serait basé sur la date de première création AFNIC de chaque domaine (et non sur la date WHOIS visible). C'est une donnée accessible via les requêtes RDAP publiques, ce qui rend cette stratégie théoriquement reproductible.
Que devient le domaine après le snap ?
Une fois la commande CREATE validée par l'AFNIC, le domaine est officiellement enregistré au nom du titulaire indiqué dans la requête. Plusieurs scénarios commerciaux peuvent suivre :
- Vente aux enchères publiques : c'est l'approche des plateformes comme Milodomain. Le domaine est mis en catalogue, des acheteurs intéressés enchérissent, et le plus offrant remporte. Le transfert vers le bureau d'enregistrement du gagnant se fait après paiement.
- Backorder pré-réservé : un client a payé en amont pour qu'on tente de capturer pour lui un domaine spécifique. Si le snap réussit, le domaine lui est attribué directement.
- Catalogue à prix fixe : certains snappers vendent leurs captures à prix fixe sur un catalogue style marketplace (Sedo, Dan.com, etc.).
- Conservation en portefeuille : le bureau d'enregistrement garde le domaine en stock pour le revendre plus tard, ou pour l'utiliser à des fins commerciales.
Combien gagne-t-on à snaper un nom de domaine ?
Tout dépend de la valeur du nom. Quelques repères :
- Coût d'enregistrement AFNIC : 5,07 euros HT par création (registry fee). C'est le coût payé par le bureau d'enregistrement à chaque snap réussi.
- Domaines anodins : 30 à 100 euros à la revente
- Domaines moyens (acronymes, mots usuels) : 200 à 2 000 euros
- Domaines premium (3 lettres, mots-clés génériques) : 5 000 à 50 000 euros
- Domaines exceptionnels (2 lettres, marques de valeur) : 50 000 à 500 000 euros et au-delà
Pour donner un exemple historique : le domaine cmu.fr (3 lettres, marque générique liée à la Sécurité Sociale française) a été snappé en février 2023 par WebExpire à 4,50 euros, puis revendu 11 000 euros à la CMU dans la foulée. C'est le type d'opportunité que cherchent les drop-catchers, mais elle reste rare et demande un sens commercial autant qu'une infrastructure technique solide.
Pourquoi Milodomain ?
Bureau d'enregistrement accrédité AFNIC depuis 20 ans, Milodomain conjugue plusieurs avantages :
- Infrastructure de snap optimisée : serveur dédié, connexions EPP en veille active, code de capture écrit pour la performance.
- Conformité AFNIC totale : filtre INPI préalable sur les marques déposées, respect strict des règles de nommage.
- Transparence radicale : nous publions chaque mois le baromètre public du marché .fr drop-catching, ce qu'aucun concurrent ne fait.
- Catalogue à venir : nous préparons le lancement de notre plateforme d'enchères publique, avec accès prioritaire pour les inscrits de la liste d'attente.
Si vous voulez être prévenu dès l'ouverture des enchères, ou si vous cherchez à snaper un nom de domaine spécifique pour votre marque ou votre projet SEO, contactez l'équipe Milodomain. Nous accompagnons aussi bien les acheteurs ponctuels que les agences SEO et entreprises qui ont des besoins récurrents de drop-catching.